Le Dossier Hebdo · Édition du 26 octobre 2026

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Violences urbaines — commerces, restauration et tourisme

Après les violences des 17 et 24 octobre, les commerces rouvrent mais l’activité reste ralentie

Au moins 3 000 commerces ont été dégradés ou pillés lors du premier week-end de violences. Une semaine plus tard, les dégâts ont nettement reculé dans plusieurs villes, mais les fermetures préventives, les couvre-feux et la peur des clients ont continué de peser sur les restaurants, les hôtels et les commerces de centre-ville.

Les violences en marge des mobilisations contre la vie chère ont d’abord frappé les centres-villes les 17 et 18 octobre. Le gouvernement a évoqué au moins 3 000 commerces touchés et annoncé un fonds de soutien spécifique, la prise en charge à 100 % de l’activité partielle pour les salariés concernés, des reports de charges et un prêt à taux zéro pouvant atteindre 50 000 euros. Les assureurs ont parallèlement prolongé de cinq à trente jours le délai de déclaration des sinistres et promis d’accélérer les indemnisations, sans garantir la couverture intégrale des pertes.

Le deuxième rendez-vous du 24 octobre a donné lieu à un dispositif de sécurité renforcé, avec 70 000 policiers et gendarmes mobilisés dans le pays. Le bilan provisoire communiqué le lendemain par le ministère de l’Intérieur faisait état de 24 commerces pillés, contre 1 522 commerces touchés le 17 octobre. Cette baisse des dégâts n’a pas supprimé les pertes d’activité : à Toulouse, le centre-ville est resté quasiment désert et une brasserie a servi 36 couverts contre 300 à 400 un samedi ordinaire. À Paris, Bordeaux ou Rennes, des commerces ont rouvert après avoir posé des panneaux de protection, tandis que d’autres ont préféré fermer par précaution.

Le gouvernement ajoute un prêt à taux zéro aux premières aides d’urgence

Après le fonds de soutien, l’activité partielle à 100 % et les reports de charges annoncés le 19 octobre, le gouvernement a promis mardi 20 octobre un prêt à taux zéro allant jusqu’à 50 000 euros pour les commerces sinistrés. Le dispositif, opéré par Bpifrance, doit apporter de la trésorerie aux entreprises ayant déclaré un sinistre auprès de leur assurance. L’Urssaf a également détaillé les possibilités d’étalement des cotisations et des charges fiscales et sociales.

Assurances : les dégâts matériels ne couvrent pas toute la perte d’activité

Les assureurs ont annoncé des délais de déclaration élargis, des avances et une accélération des expertises après les pillages. Mais l’indemnisation dépend des garanties souscrites et ne couvrira pas nécessairement les marchandises volées, les dégâts aux locaux et le manque à gagner dans les mêmes proportions. La facture globale, encore provisoire, est estimée à plusieurs centaines de millions d’euros ; les assureurs ont évoqué une charge pouvant dépasser 793 millions d’euros. Leur fédération et plusieurs dirigeants préviennent qu’une répétition des violences poserait un problème de capacité d’indemnisation.

Le 24 octobre, moins de pillages mais une activité commerciale fortement ralentie

Le deuxième samedi de mobilisation a été beaucoup moins destructeur que le 17 octobre dans plusieurs villes. À Bordeaux, moins d’une dizaine de commerces ont été vandalisés contre plus de 80 la semaine précédente, selon la préfecture. À Toulouse, le parcours éloigné du centre a limité les dégâts, mais les commerces ont subi une forte baisse de fréquentation : le centre-ville est resté désert et plusieurs enseignes ont fermé. À Chambéry, des commerçants ont évoqué des pertes allant jusqu’à 90 % du chiffre d’affaires. La fermeture préventive a donc réduit l’exposition aux dégradations tout en supprimant les recettes de la journée.

Livreurs et restaurateurs pris dans les zones de risque

Le syndicat Union-Indépendants a demandé à Uber Eats et Deliveroo de suspendre les commandes dans les périmètres dangereux et de permettre aux livreurs d’annuler une course sans perdre leur rémunération. Le syndicat rapporte que des coursiers et des chauffeurs VTC ont été pris dans les affrontements du 17 octobre. Deliveroo affirme avoir suspendu sa plateforme dans certaines zones et lancé une compensation pour des commandes non livrées ; Uber Eats rappelle que les livreurs peuvent refuser une course et signale les zones à risque aux restaurateurs et aux utilisateurs. À Lyon, un gérant de café a résumé la difficulté créée par les couvre-feux : les établissements peuvent subir à la fois les violences et la perte de clientèle liée à la restriction des déplacements.

Les images de violences commencent à toucher les réservations touristiques

Les professionnels du tourisme redoutent une dégradation durable de l’image de la France après la diffusion internationale des scènes de pillage et de violence. Des touristes déjà présents ont écourté leur séjour ou évité certains quartiers, tandis que des opérateurs ont modifié leurs itinéraires et que des voyageurs asiatiques ont renoncé à certaines étapes. À Paris, des professionnels ont signalé de nombreuses annulations et jusqu’à 10 % de réservations annulées dans certaines remontées. La situation reste toutefois inégale : à Bordeaux, l’adjoint au tourisme indiquait le 22 octobre ne pas constater d’annulations massives dans les hôtels.

À l’approche des nouvelles mobilisations, les commerces choisissent entre fermeture et protection renforcée

Avant le 24 octobre, des commerçants ont retiré leurs stocks des vitrines, posé des panneaux de bois, avancé leurs horaires de fermeture ou fait appel à des vigiles. À Lyon, la Métropole et la CCI ont déployé 40 agents de sécurité privée dans deux zones sensibles ; en Auvergne-Rhône-Alpes, une enveloppe de 15 millions d’euros doit financer à 50 % certains équipements de protection, dans la limite de 5 000 euros par magasin. Le recours à l’autodéfense a aussi progressé, jusque chez certains restaurateurs, mais les organisations professionnelles et les autorités ont rappelé les risques physiques et juridiques d’une intervention directe. À Paris, le conseil du préfet de police de recourir à la sécurité privée a suscité une vive polémique, plusieurs commerçants estimant que la protection des établissements relève d’abord de l’État.

Points métiers - RestOptima

  • La baisse de fréquentation ne décrit pas à elle seule la perte d’activité d’un établissement : le nombre de couverts, les horaires d’ouverture et les commandes livrées peuvent évoluer séparément.
  • Une fermeture préventive peut limiter l’exposition aux dégradations tout en supprimant les recettes de la journée. Le 24 octobre, des commerces et des restaurants sont restés fermés par précaution.
  • Pour les hôtels et les restaurants touristiques, les images de violences peuvent produire des annulations, des itinéraires modifiés ou des restrictions de déplacement avant même qu’une baisse de fréquentation soit mesurée.
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