Le Dossier Hebdo · Édition du 21 septembre 2026
Retour au DossierAgriculture — récoltes françaises
Canicule et sécheresse font chuter plusieurs récoltes françaises
Les estimations d’Agreste abaissent fortement les perspectives pour le maïs, les betteraves et les pommes de terre après un été marqué par les fortes chaleurs et le manque de pluie. Les pertes observées dans les vergers, le maraîchage et l’élevage alimentent les craintes de renchérissement des produits concernés.
Les récoltes françaises de maïs, de betteraves et de pommes de terre pourraient atteindre des niveaux historiquement bas en 2026. D’après les estimations d’Agreste, la production de maïs est attendue à 8,1 millions de tonnes, en baisse de 42 % sur un an et potentiellement à son niveau le plus faible depuis au moins 1980. La récolte de betteraves est estimée à 25,4 millions de tonnes, soit 29 % de moins qu’en 2025. La production de pommes de terre recule de 25 % par rapport à la récolte record de l’an dernier, à 6,2 millions de tonnes.
Les cultures fruitières et maraîchères sont également touchées, avec des situations variables selon les territoires et les équipements. Des producteurs de pommes signalent des fruits plus petits ou irrécupérables après la chaleur et la grêle, tandis que certains maraîchers ont perdu la moitié de leur production. À Épinal, l’irrigation au goutte-à-goutte, une serre et un plan d’eau ont limité les pertes à 5 % à 10 %. La baisse des volumes et les dégradations de qualité font craindre une hausse des prix pour les productions concernées, sans que cette évolution soit encore chiffrée.
Chaleur et baisse des surfaces tirent les rendements agricoles vers le bas
Les rendements expliquent une large part du recul annoncé. Pour le maïs, le pollen a souffert de la chaleur pendant la floraison de juillet, empêchant les épis de se remplir correctement. Le rendement du blé tendre recule de 8 %, mais la hausse des surfaces cultivées limite la baisse de production à 5 % sur un an. Le tournesol affiche son plus faible rendement depuis au moins 1980, tandis que la betterave cumule une baisse de rendement de 24 % et une réduction des surfaces de 6 %.
Dans les vergers et le maraîchage, la chaleur dégrade aussi la qualité des récoltes
La sécheresse ne se traduit pas seulement par des volumes plus faibles. Dans le Limousin, les pommes golden AOP s’annoncent moins lourdes ; dans l’Hérault, des pomiculteurs décrivent des fruits ayant « cuit sur l’arbre » et devenus irrécupérables. En Loire-Atlantique, les jardins potagers des Restos du Cœur devraient perdre 30 % de leur production annuelle de légumes frais. Ces situations s’ajoutent aux pertes signalées par des maraîchers de l’Ain et de la Loire, qui jugent les aides annoncées peu adaptées à leur réalité.
Les éleveurs entament leurs stocks de fourrage avant l’hiver
La sécheresse affecte aussi l’élevage par le manque de prairies et de fourrage. En Corrèze, certains exploitants ont dû acheter du foin et puiser dans leurs stocks pour nourrir les animaux. D’autres éleveurs disent avoir commencé à utiliser leurs réserves plus tôt que d’habitude, faisant craindre une pénurie de foin pendant l’hiver. La FDSEA de la Corrèze présente l’évitement de la décapitalisation du cheptel comme un enjeu majeur.
Le plan Casi prévoit des aides, mais des maraîchers les jugent insuffisantes
Le plan Casi, doté de 1,3 milliard d’euros, doit compléter les indemnisations nationales. En Auvergne-Rhône-Alpes, une enveloppe de 20 millions d’euros est prévue pour les agriculteurs confrontés à des difficultés de trésorerie. Dans l’Aude, des dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties sont annoncés pour les exploitations touchées. Des maraîchers de l’Ain et de la Loire estiment toutefois que ces mesures restent déconnectées de leurs pertes et de l’absence d’assurance adaptée.
La sécheresse fragilise aussi les productions de pommes, de lait et de cidre
La Normandie, moins touchée que d’autres régions, voit néanmoins les conséquences de la sécheresse apparaître dans plusieurs productions. Les pommes destinées au cidre sont éprouvées, tandis que les éleveurs doivent composer avec des pâturages moins favorables. Des producteurs du Pays d’Othe disent devoir modifier leur manière de travailler face à la baisse des récoltes. Dans le Villeneuvois, une productrice de noisettes envisage d’arracher une partie de son verger après une campagne jugée trop peu rémunératrice.
Points métiers - RestOptima
- Pour un établissement, le risque ne se lit pas seulement dans le volume récolté : une production réduite peut aussi se traduire par des calibres plus petits, une qualité différente ou un changement d’origine avant toute rupture.
- Une estimation de récolte et une hausse de prix ne décrivent pas le même stade de la chaîne. Le mouvement du marché doit être distingué du tarif effectivement appliqué par un fournisseur.
- La situation varie fortement selon les territoires et les moyens d’irrigation : l’impact observé dans une exploitation ne décrit pas nécessairement celui de l’ensemble d’une filière.
LES SOURCES23 sources · 14 médias
Le Monde
Actu.fr
Franceinfo
- Chips plus petites, fromages moins parfumés... On a fait la liste des conséquences de la sécheresse sur votre panier de courses
- Sécheresse : les agriculteurs confrontés à des pertes de récoltes
- "On n'est pas encore au SMIC" : les maraîchers face à la crise
- "On tape dans les stocks" : après la sécheresse, les éleveurs recherchent désespérément du fourrage au risque de finir sur la paille
Le Dauphiné Libéré
L’Indépendant
Midi Libre
La Provence
La Montagne
- Sécheresse et plan Casi : "L’enjeu majeur est d’éviter la décapitalisation du cheptel", pour la FDSEA de la Corrèze
- Le député communiste Julien Brugerolles dépose une loi pour "recréer un véritable régime public des calamités agricoles"
- "Je devais vendre pour 18 000 euros" : les sangliers ravagent les champs d'un agriculteur de Creuse
- Moins grosses mais tout aussi bonnes : les pommes du Limousin impactées par la sécheresse et la chaleur de l'été 2026