Le Dossier Hebdo · Édition du 14 septembre 2026
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Frichti : le procès pénal du statut des livreurs s’ouvre à Paris
Le procès pénal de Julia Bijaoui et Quentin Vacher s’est ouvert à Paris pour travail dissimulé et emploi d’étrangers en situation irrégulière. Plus de 210 anciens livreurs se sont constitués parties civiles, tandis que l’Urssaf réclame 5,4 millions d’euros.
Le tribunal judiciaire de Paris examine jusqu’au 18 septembre le rôle de Frichti et de ses deux anciens dirigeants dans le recours à des livreurs déclarés comme indépendants entre 2015 et 2021. L’accusation estime que ces travailleurs auraient dû relever du salariat et reproche également à l’entreprise d’avoir travaillé avec des étrangers dépourvus d’autorisation de travail. Les prévenus contestent ces griefs.
Plus de 210 livreurs ainsi que quatre syndicats se sont constitués parties civiles. L’Urssaf demande 5,4 millions d’euros au titre des charges et cotisations qu’elle estime éludées en 2019 et 2020. Avant le procès pénal, le conseil de prud’hommes de Paris avait déjà requalifié en CDI la relation entre d’anciens coursiers et Frichti dans plus de 200 dossiers et condamné l’entreprise pour travail dissimulé. La société historique a été liquidée en 2023, après sa reprise par La Belle Vie, qui a créé une nouvelle entité.
Les coursiers décrivent des horaires contrôlés et un système de fiabilité
À la barre, une dizaine de coursiers ont décrit une relation qu’ils jugent incompatible avec le statut d’indépendant. Ils ont évoqué des échanges permanents avec l’entreprise, une surveillance des lieux de récupération des commandes et des créneaux largement déterminés par Frichti.
Adama Diallo, qui a livré pour la plateforme pendant trois ans, a raconté que sa note de fiabilité était passée de 4 à 2 après une semaine d’absence liée à la naissance de son enfant. D’autres livreurs ont affirmé qu’une baisse de niveau réduisait l’accès aux livraisons. Ils contestent ainsi avoir pu se connecter librement, refuser des courses ou négocier leur rémunération.
Quentin Vacher réfute cette présentation. L’ancien directeur général affirme que les coursiers choisissaient leurs « shifts » et pouvaient refuser les livraisons trop éloignées, trop lourdes ou mal organisées. Il présente le système de niveaux comme un moyen de donner la priorité aux livreurs les plus fiables et les plus ponctuels.
Quentin Vacher reconnaît la présence de 200 travailleurs en situation irrégulière
Quentin Vacher a déclaré réfuter les faits qui lui sont reprochés. Il soutient que les managers s’occupaient des préparateurs salariés et n’avaient ni le temps ni le mandat de superviser les livreurs, tandis que le service après-vente ne les contactait qu’en cas de retard de livraison.
L’ancien dirigeant a toutefois reconnu que 200 personnes en situation irrégulière avaient livré pour Frichti. Il affirme que l’entreprise vérifiait la validité des numéros Siret sur le site de l’Urssaf et qu’elle avait sollicité la préfecture après la révélation, en 2020, de la présence d’un travailleur sans papiers. Il a alors évoqué une faille dans le système de vérification, allant jusqu’à rapporter qu’une personne aurait pu créer un profil d’auto-entrepreneur avec une « photo de Mickey ».
La transposition de la directive européenne sur les plateformes est reportée
Le procès s’inscrit dans un débat plus large sur le statut des coursiers, des chauffeurs et d’autres travailleurs de plateformes. Une directive européenne destinée à renforcer leurs droits doit être transposée en France et prévoit, sous certaines conditions, une requalification en contrat de travail salarié.
La transposition annoncée pour décembre ne pourra toutefois pas respecter ce calendrier, a indiqué le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Le procès de Frichti se déroule donc alors que la question de la frontière entre indépendance et salariat reste en discussion, tandis que les prud’hommes ont déjà tranché plusieurs dossiers concernant d’anciens livreurs de l’entreprise.
Points métiers - RestOptima
- Une requalification en salariat porte sur la relation de travail effectivement exercée, et non sur la seule forme du contrat signé.
- La présence d’un numéro Siret valide ne suffit pas à établir l’indépendance d’un livreur si l’organisation de l’activité révèle un contrôle exercé par l’entreprise.