Le Dossier Hebdo · Édition du 14 septembre 2026
Retour au DossierTravail et fortes chaleurs
À Madrid, la France prépare un cadre pour adapter le travail aux fortes chaleurs
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou s’est rendu en Espagne avec les partenaires sociaux pour étudier les horaires décalés, les arrêts d’activité et les refuges climatiques. Il veut proposer un cadrage national, sans qu’une nouvelle obligation soit encore applicable.
Jean-Pierre Farandou a rencontré son homologue espagnole Yolanda Díaz à Madrid le 9 septembre 2026. Le ministre français souhaite s’inspirer d’un pays qui adapte depuis plusieurs années l’organisation du travail aux températures élevées, notamment grâce à des horaires condensés, des protocoles déclenchés par les alertes météorologiques et des accords collectifs permettant de modifier ou d’interrompre certaines activités.
À l’issue de ce voyage d’études, le ministre veut établir un « cadrage national », puis demander aux branches et aux secteurs de préciser les mesures nécessaires. La voie législative reste incertaine. En France, un décret publié en juin 2025 impose déjà aux entreprises, en cas de forte chaleur, de fournir de l’eau fraîche, d’adapter l’organisation du travail et de mettre à disposition des équipements appropriés, selon les niveaux de vigilance de Météo-France. Le déplacement à Madrid ouvre donc une phase de préparation, mais ne crée pas de nouvelle règle immédiatement applicable.
En Espagne, les alertes peuvent modifier les horaires et interrompre certaines activités
La législation espagnole prévoit depuis les années 1990 une température maximale de 27 °C pour le travail en espace fermé. En cas d’alertes orange ou rouge de l’agence météorologique nationale, les employeurs doivent déployer un protocole spécial. Celui-ci peut comprendre une modification des horaires lorsque les autres mesures de protection ne suffisent pas.
Entre juin et septembre, certaines activités peuvent aussi passer à une journée continue de 8 heures à 15 heures, selon le système de « jornada intensiva ». Les arrêts d’activité peuvent être définis par des accords collectifs applicables à toutes les entreprises d’un secteur. L’Espagne développe également des refuges climatiques. Yolanda Díaz a toutefois reconnu que l’application de ces dispositifs devait encore progresser.
La CGT estime à une vingtaine les décès liés à la chaleur, sans bilan officiel
La Direction générale du travail n’a pas encore communiqué le nombre de décès de travailleurs imputables à la chaleur durant l’été 2026. La CGT l’estime à une vingtaine, mais le syndicat reconnaît les difficultés rencontrées pour établir un décompte exhaustif des accidents du travail liés aux épisodes de canicule.
La CGT demande notamment l’inscription de températures de référence dans le Code du travail. Ces seuils déclencheraient des mesures obligatoires d’adaptation ou d’arrêt de l’activité. Les organisations syndicales jugent déjà insuffisamment respectées les obligations renforcées par le décret français de juin 2025. Elles soulignent aussi que les dispositifs espagnols, malgré leur antériorité, ne sont pas appliqués partout de manière complète.
Points métiers - RestOptima
- En Espagne, l’adaptation des horaires ou l’interruption d’une activité peut dépendre du niveau d’alerte, des mesures de protection déjà prises et des accords collectifs applicables.
- Le nombre de décès attribuables à la chaleur ne se confond pas avec celui des accidents du travail recensés : l’absence de bilan officiel et les difficultés de décompte ne permettent pas d’établir un chiffre définitif.